Le Paris des pauvres de chez pauvres

Olivier Jobard

photo : Olivier Jobard/MDM/SIPA

Un dimanche soir de décembre, Jean-Michel Centres du collectif de soutien aux exilés du 10e me donne rendez-vous à la « soupe populaire » sous le métro aérien à Barbès, à côté de l’hôpital Lariboisière. A 18h30, il fait nuit, ça caille, et Paris est moche. En sortant du métro, comme je ne sais pas exactement où se trouve la soupe de l’Armée du Salut, je décide de suivre deux types les épaules rentrées en dedans, tout juste couverts par des vestes légères, qui longent le boulevard du côté opposé aux commerces illuminées pour Noël. Là où les voitures ne laissent aux piétons qu’un trottoir étroit et laissent surtout en paix ceux qui veulent pisser à l’oeil. Je les suis de loin, sûre d’arriver à bon port, quelques vielles boîtes de conserves rouillées sur la chaussée me confirment que l’on se rapproche. Une vieille maghrébine tirant un caddie presse le pas, elle salue deux types d’une trentaine d’années. « C’est bon… ils sont là ? » Les deux types hochent la tête et lui répondent en arabe. J’avance vers la source lumineuse et au fur et à mesure je vois apparaître le Paris des pauvres de chez pauvres. Beaucoup plus de femmes que j’imaginais, quelques enfants, des gens de l’Est, et surtout beaucoup de Maghrébins (je ne sais pas si c’est le quartier qui fait ça ?) Les gens se saluent, j’en vois certains qui s’échangent des boîtes de conserve, l’ambiance est étrangement sereine. Je retrouve Jean-Michel. Je ne sais pas quel est son secret, mais il est vraiment étonnant ce type : toujours calme et posé. Rien n’a jamais l’air de l’excéder. Par contre, ses yeux sont d’une agilité de sioux, il ne loupe aucun mouvement. Il est justement là pour ça : il maraude tous les soirs pour rencontrer les exilés, répondre à leurs questions (il se débrouille en farsi, la langue parlée en Iran et aussi en Afghanistan) et voir si tout se passe bien pour eux. Sous le métro, l’éclairage est faible, comme pour amortir la cruauté de la réalité. Le camion de l’Armée du salut, avec son puissant néon à la lumière blanche a du coup un effet glaçant.

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Classé dans les Parisiens et les exilés, Maraudes

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