A la Chorba pour tous, avec les clochards

A100 mètres de l’Armée du salut, toujours sous le métro aérien, il y a la distribution de « La Chorba pour tous ». « Tu vas voir, c’est très différent ici, c’est beaucoup plus calme » me prévient Jean-Michel. Ici, on distribue des couscous chauds sur place dans des grands bols en plastique. Le petit attroupement qui stationne devant la camionnette de l‘Armée du Salut a elle aussi migré. « Ils gardent le sac de l’Armée du salut pour demain et mangent le repas chaud tout de suite ». Pendant que les bénévoles remplissent les bols posés en rangée serrée sur quelques tables, les gens attendent à deux mètres de leur festin (je ne sais pas si c’est bon, mais la taille du morceau de viande est honorable).
Un jeune exilé, plutôt bien sapé, le foulard palestinien autour du cou, se rapproche de nous et demande en anglais à Jean-Michel quelles sont les démarches à suivre pour entrer dans la légion française. Je suis étonnée mais pas Jean-Michel car, m’explique-t-il, la question lui est régulièrement posée. La réponse est toujours la même : niet ! Ce réfugié comme la plupart de ceux qui se trouvent dans ces circuits, n’a pas de passeport, l’armée ne peut pas examiner sa demande. Le jeune insiste, il veut savoir s’il n’y a pas de recours possibles, une procédure spéciale… « Et puis tu sais, tu viens d’un pays en guerre où de surcroît la France intervient militairement, tout ça fait que l’armée n’a pas vraiment envie de recruter des gens comme toi… » Il baisse la tête, il a compris. Il est terriblement déçu.  
La distribution a commencé, c’est vrai, dans un calme étonnant. Un exilé me propose gentiment de goûter son couscous. Une femme, la soixantaine, en jogging basket, quelques mèches grises et sales s’échappant de son bonnet en laine, s’agite dans tous les sens avec son assiette dans le creux de la main. Je l’avais déjà remarquée à l’Armée du salut en train de s’affairer pour échanger des boîtes de conserve. Finalement, au milieu de tous, elle s’accroupit pour manger à son aise. Son morceau de viande à la main, elle l’arrache à pleine dent. La vision n’est pas très ragoutante. Face à elle, la coupe gominé et habillé street wear, l’exilé qui m’avait proposée de manger un peu de son couscous, la regarde gêné d’assister à cette misère, entre dégoût et étonnement. Je repense à ce que Jean-Pierre m’avait dit : « Les jeunes afghans qui débarquent à Paris sont un peu furax d’être mélangés avec les clochards. Eux, ne sont pas du tout désocialisés, ils viennent réaliser un rêve ici. Dès qu’ils débarquent à Paris, ils vont chez le coiffeur et se pressent d’aller prendre une photo devant la tour Eiffel… »
Olivier Jobard

Photo : Olivier Jobard/MDM/SIPA

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