Ali, l’Afghan errant

Au centre d’accueil, à côté de la gare de l’Est, qui sert de refuge aux exilés, je rencontre Ali. A 19 ans, avec sa capuche rouge sur la tête qui lui donne un air de rappeur, son regard espiègle et un sourire qui révèle une patience infinie, il connaît Kafka avant de l’avoir lu. Parti seul de chez lui en 2003, il a traversé l’Europe (a même passé cinq jours dans le jardin Villemin en 2004 !), puis s’est finalement installé illégalement en Grande-Bretagne pendant quatre ans, ce qui lui a permis de prendre des cours d’anglais et même de suivre une formation en informatique. Et puis, un jour, il s’est fait prendre par la police, puis expulsé à Kaboul où il a eu droit à 18 jours de prison et à pas mal de coups. Il a finalement décidé de repartir sur les routes de l’Europe et le voilà de retour à Paris. A son dernier passage en Grèce, les policiers ont de nouveau pris ses empreintes mais il a quand même décidé de déposer une demande à la préfecture de Paris pour savoir s’il peut demander l’asile. « Si la préfecture m’accorde la carte verte, et que le gouvernement français m’accepte, pas de problème, dit-il en décochant un sourire, je vais rapidement me mettre au français ! » Malgré son enthousiasme et son énergie (qui sait, peut-être un futur prix Goncourt…), quelle est sa chance de réussir ? A ce stade-là du parcours du combattant, explique Jean-Michel, sa seule chance, « c’est l’inefficacité d’Eurodac, le fichier regroupant les empreintes digitales des demandeurs d’asile en Europe que les Etats sont censés partager, mais qui très souvent est bourré d’erreurs et d’omissions ». De nombreux Etats ne jouant pas le jeu en « oubliant » d’enregistrer les personnes en situation irrégulière sur leur territoire pour ne pas avoir à assumer la responsabilité de l’examen de leur demande d’asile.

Olivier Jobard

photo : Olivier Jobard/MDM/SIPA

 

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