Un regard perçant sur l’asile

Grâce à une bénévole iranienne qui passe de temps à autre au centre d’accueil près du jardin Villemin, j’arrive finalement à rentrer en contact avec « le cinéaste » afghan. « J’étais invité fin octobre au festival de documentaires « Resident today », à Rome, pour présenter mon film : « le corps et le sol ».  C’est là que j’ai décidé de prendre la route pour Paris. Je ne voulais absolument pas retourner à Kaboul. En plus d’être scénariste, j’écris pour des journaux locaux et depuis quelques temps, j’ai de sérieux problèmes avec une partie du gouvernement. Mais arrêtons-nous-là, je ne préfère pas en dire plus… Pourquoi Paris ? Depuis mon enfance, j’ai un grand intérêt pour les auteurs français, commeVictor Hugo… et les cinéastes français aussi. Je ne suis pas du tout attiré par la Grande-Bretagne. » Ces yeux pétillent, ces gestes prennent de l’ampleur… pas de doute, son rêve de France, l’élève encore au-dessus du bitume et de la médiocrité. Le froid, les nuits dehors, les jours à tourner en rond ne lui ont pas fait perdre son fil. « C’est très intéressant comme expérience. Je compte bien un jour en faire un film… Bon d’accord, ce n’est pas très confortable ! »

Je lui demande de me raconter un évènement marquant. Sans réfléchir, il pense à une bizarrerie qu’il trouve bien française. « Un jour, j’avais rendez-vous dans une association avec un responsable avec qui je devais faire le point sur mon dossier de demande d’asile. Comme il me manquait des papiers, je décide d’y aller la veille pour le prévenir et trouver un autre rendez-vous. Une personne à l’accueil me reçoit et me demande de venir quand même le lendemain. Et là, j’ai été très mal reçu. Le responsable de l’association n’a pas arrêté de me faire des reproches parce que je n’étais pas prêt. Il m’en voulait d’être « comme les autres ». Il m’a dit : « Je pensais que t’étais différent, tu es un scénariste… Je te traitais déjà comme un réfugié politique, moi, vraiment je suis déçu ». Comme si je n’avais pas les mêmes problèmes que les autres. Quand il fait froid, j’ai froid, quand il n’y a pas de place aux camps, je dors dehors. Et pour rassembler des documents, je galère… comme les autres ! »

Olivier Jobard

photo : Olivier Jobard.MDM/SIPA

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