Pourquoi ce blog ?

J’habite près du jardin Villemin dans le Xe arrondissement de Paris et depuis le printemps 2003, depuis la fermeture de Sangatte, je vois des jeunes exilés Afghans, Iraniens, Irakiens (d’autres nationalités sûrement) dans le jardin. Jamais les mêmes. Ils sont très jeunes, toujours très calmes. En petits groupes, ils attendent. Quoi exactement ? Depuis cet été, ils sont de plus en plus nombreux. Pourquoi errent-ils ainsi dans la rue ? Les Afghans et les Irakiens viennent de pays en guerre, ils ont droit à l’asile, non ? Et pourquoi sont-ils si invisibles pour les habitants ?

 

« Vous savez ce qui se passe dans le jardin avec les exilés ? » Chaque fois que je pose la question, aux commerçants, au café, à mes voisins, les traits se crispent, les regards se détournent. La question gêne. « Ah oui, j’ai vu un reportage sur M6 la dernière fois, me dit une riveraine qui habite à 100 mètres du jardin, dont le visage soudain s’éclaire comme si ces réfugiés devenaient réels à ces yeux. C’est vrai, c’est terrible… » Terrible, oui, et même pire en ce que la situation révèle de notre indifférence, prise en flagrant délit, et de l’état gazeux de notre démocratie.

Je suis journaliste indépendante depuis dix ans je tourne dans tous les sens les questions migratoires, les rapports Nord/Sud, les problèmes d’exclusion… Je les tourne dans tous les sens, je circule le plus possible, parfois très loin. J’explore les morts sociales et les renaissances. Souvent dans les marges. Même si j’ai conscience que c’est un biais énorme. Ce n’est pas simple de traiter ces thèmes en presse sans être dans une situation d’exception : il faut une crise pour avoir sa place ! Le problème c’est qu’à chaud, au moment critique, tout se fige, les postures, les communications… Et l’essentiel n’a pas le temps d’être vu ! Au bout de dix ans, je réalise qu’en bas de chez moi, en plein centre de Paris, là où Amélie Poulain aime à gambader le long des écluses, tout est là. Les migrants, les rapports Nord/Sud, les violences sociales, les résistances humaines… Il suffit de prendre le temps d’explorer !

 

 

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