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Mais que font-ils dans la rue ?

Mais alors qui sont ces jeunes exilés au bord du Canal ? Avant de les aborder directement, je commence par prendre contact avec le collectif de soutien aux exilés du 10e arrondissement de Paris (http://nova.exiles10.org/). Je suis reçue par Jean-Pierre Alaux, au Gisti. Avec son pull en laine défraîchie, ses cheveux gris et ses lunettes sur le bout du nez, il a l’air épuisé. « C’est vrai, je le suis. Nous ne savons plus quoi faire, ni revendiquer. Nous sommes dans le même état que les exilés : nous sommes écrasés par la machine administrative et politique européenne ».  Jean-Pierre est un des piliers de ce réseau de solidarité créé par une poignée de militants au printemps 2003, quelques mois après la fermeture de Sangatte. Le fameux hangar géré par la Croix Rouge qui abritait les « clandestins »  à quelques kilomètres de Calais, que le ministre de l’intérieur Sarkozy a fait fermer en décembre 2002 pour étouffer « l’appel d’air ».

 

« Personnellement, je m’y attendais, me dit Jean-Pierre, je savais que la fermeture de Sangatte allait essaimer ». Sur le bureau, le rapport associatif sur « les jungles dans le Pas de Calais » auquel il a participé. Tout en parlant, il jette des coups d’œil vers le rapport. Il souffle. A le voir, pas de doute, la situation est critique. La traque policière, les forêts dans lesquels ils sont obligés de se cacher…

 

Mais alors, d’où viennent-ils, ceux du Canal .? « Ce sont des Afghans, ou parfois des Iraniens, des Pakistanais dont les parents sont des vieux réfugiés Afghans… La situation est tellement tendue dans la région que les familles en danger envoient les jeunes parmi les plus malins sur les routes de l’Ouest. En Iran, ils expulsent 1000 Afghans par jour en moyenne avec une violence inouïe. Ils sont raflés, mis dans des camps et sans jugement, ni rien, ils sont expulsés vers l’Afghanistan. C’est justement dans ces camps que les talibans recrutent… Certains veulent aller en Angleterre pour des raisons linguistiques. Mais soyons clair, ce n’est pas la raison principale : la plupart ne parle pas de langue étrangère. » En fait, si beaucoup d’entre eux veulent aller en Angleterre, c’est parce que le travail illégal  y est plus facile. Mais d’après lui, la Grande-Bretagne n’est pas leur seule destination… Arrivés à Paris nombreux sont ceux qui voudraient y rester ou qui visent la Norvège et la Suède, voire la Suisse… Le quartier de la Gare de l’Est est aussi un point de ralliement (un carrefour) où certains viennent « se reposer » après avoir errés dans les « jungles » du Pas-de-Calais et loupés leur passage vers l’Angleterre. 

olivier Jobard

photo : olivier Jobard/MDM/SIPA

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Classé dans les Parisiens et les exilés