Archives mensuelles : janvier 2009

« No more troops in Afghanistan! »

Je suis réalisatrice de documentaires. J’ai pris contact avec Sabrina après avoir découvert son blog sur le site de Télérama. Comme elle, j’habite près du square Villemin. Comme elle, la présence de réfugiés sans toit dans le quartier me hante, surtout le soir, quand je rentre tard et les croise blottis sous leurs couvertures au pied des immeubles du canal. Elle me hante d’autant plus, qu’elle me rappelle Sangatte. je suis allée là-bas en 2000. Ce voyage fut un véritable choc, un moment aussi bouleversant, qu’éprouvant. Jamais je ne pourrais oublier ce hangar glacial, balayé par les vents, perdu au milieu des dunes.

J’étais arrivée dans la région tôt le matin. La brume recouvrait la route. Sur trajet qui menait au hangar de la Croix rouge, je croisais des familles entières afghanes, kurdes, iraniennes, marchant au bord de la route. Leur présence dans la blancheur matinale du Calaisis me semblait irréelle. J’arrêtais ma voiture pour monter un père, une mère et leurs deux fillettes. Ils arrivaient d’Iran après un périple de plusieurs mois. Ils étaient exténués, effrayés. Le passeur les avait laissés à quelques kilomètres de là. La mère pleurait. Elle venait d’apprendre que cet homme leur avait menti. Ils n’étaient pas en Angleterre. Son désespoir était terrible. Arrivée au hangar, mon regard fut happé par la présence surprenante, surréaliste, d’un homme en costume-cravate, trainant derrière lui une valise à roulettes. Il arrivait du sud de l’Afrique, me dit-il. Seules ses chaussures le trahissaient, disaient les milliers de kilomètres parcourus. Son regard aussi. Ses yeux hallucinés, injectés de sang en disaient long sur son épuisement, sur sa souffrance. Dans l’après-midi, en me promenant sur la plage, je rencontrais un jeune Afghan. Il regardait l’horizon. Il avait fait le voyage seul pour rejoindre sa sœur qui habitait en Angleterre. Le soir, à la nuit tombante, comme les autres, il avait quitté le centre pour essayer de se faufiler sous la bâche d’un camion. Je l’avais vu s’éloigner en chantant, dans la lumière somptueuse du soleil couchant. Lire la suite

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« France, is it a good country ? »

 

Olivieer Jobard/MDM/SIPA

Olivieer Jobard/MDM/SIPA

 

De nouvelles têtes, plein de nouvelles têtes. Le centre d’accueil était hier, encore plus que d’habitude, plein à craquer. A peine entrées dans le centre, avec Elisabeth Jonniaux – une réalisatrice qui habite  le quartier et qui m’a contactée suite à l’article de télérama sur mon blog (http://www.telerama.fr/idees/sangatte-existe-toujours-a-paris,38104.php) – nous sommes prises dans le mouvement. Un peu perdues aussi. La plupart des exilés entassés-là, à l’abri de la pluie, nous saluent poliment. Hamid, un exilé que j’ai déjà croisé à plusieurs reprises, nous accoste et de lui-même commence à nous raconter son périple. « Je suis parti il y a quatre déjà de Gazny, au sud de l’Afghanistan. En bus, je suis allé au Pakistan, puis en Iran, de là je suis passé en Turquie, puis en Grèce, en Italie et me voilà à Paris depuis deux mois ». Quel est son but ? Il ne le sait pas encore. « Je voudrais bien demander l’asile en France, mais je ne sais pas comment faire, je cherche encore des documents en persan pour me renseigner… »La conversation se fait en français. Et oui ! depuis quelques temps, il prend des cours quatre fois par semaine dans une association. Son niveau de maîtrise et son vocabulaire sont impressionnants…. 

Des garçons, très jeunes se rapprochent. Hamid en profite pour prendre la tangente. Le plus âgé, 16 ans, sans hésitation, me « saute » dessus et en rafale m’interroge en anglais : « Cela fait deux jours que je suis à Paris. Qu’est-ce que je dois faire pour demander l’asile? A qui dois-je m’adresser, où sont les documents ? » Les questions s’enchaînent, je n’ai pas le temps de lui répondre. Avec Elisabeth, nous lui conseillons de s’adresser au responsable du centre. Mais il s’en fiche, il veut nous parler à nous. Malgré le bourdonnement et le bruit incessant, il nous raconte son histoire. Il arrive de Bologne où il a passé cinq mois (il se débrouille très bien en Italien aussi). « L’Italie, je n’aime pas… bah, il n’y a rien à faire là-bas, pas de travail, rien … » Avec des yeux pétillants, presque rieurs, il me fixe et m’interroge à nouveau.  » J’ai laissé mes empreintes un peu partout, en Grèce, en Italie, même en France, les policiers me les ont prises à Nice… Tu crois que je peux quand même demander l’asile ici ? »

Deux jours à Paris et déjà il a capté les quelques repères nécessaires à sa survie. Hier, il a dormi au « camp », le centre d’accueil d’hébergement d’urgence normalement réservé aux adultes « errants » (il a sûrement réussi à se faire passer pour majeur) dont les bus partent de la Place du Colonel Fabien. Ces copains, beaucoup plus jeunes, n’ont eu droit qu’au jardin Villemin. Le plus jeune de la troupe, 13 ans, avec sa frimousse de gamin et son bonnet vissé sur la tête, me dévisage un moment puis finit par me tirer par la manche. Il se campe devant moi, plante ses yeux dans les miens et avec une intensité de naufragé me demande : « France, is it a good country? » 

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Avis aux contributeurs inspirés

Si vous habitez près du jardin Villemin ou si pour une raison ou une autre vous y passez du temps et que vous avez envie de raconter le vécu des réfugiés dans le quartier ( vous leur avez parlé ou vous avez partagé une expérience avec eux…) ce blog vous est ouvert. Vos posts sont les bienvenus !

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RDV afghan aux Ateliers Varan

Olivier Jobard/MDM/SIPA

Olivier Jobard/MDM/SIPA

« La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que tout la vérité s’y trouve. C’est un poème de Jalâl ud Dîn Rûmi, tu connais ? »  Non. Pour réduire mon inculture crasse à propos des auteurs afghans, nous décidons avec Mohamed, le cinéaste, d’aller ensemble à Beaubourg samedi après-midi, où il se réfugie régulièrement pour profiter de l’accès gratuit à internet. Mais arrivés à la bibliothèque, la file d’attente est tellement monstrueuse, que l’on décide de rebrousser chemin tranquillement. Mes échanges avec Mohamed sont compliqués : ils ne parlent pas du tout français et presque pas anglais, mais j’aime bien échanger avec lui. Il adore le cinéma, et les yeux pleins d’étoiles, il me cite les noms de ses réalisateurs préférés : Pasolini, Godard, Bunuel…

Depuis quelques jours, Mohamed dort à l’Hôtel. Il a finalement pu déposer sa demande d’asile et la Préfecture lui a accordé une carte beige qui lui permet de bénéficier d’un hébergement et d’ici le mois prochain d’une petite allocation et d’une carte de transport. A voir ses traits détendus, ce début de stabilisation lui a déjà fait beaucoup de bien. Il dort beaucoup et il a recommencé à écrire des scénarios. Cette semaine, une bénévole du collectif de soutien lui a filé l’adresse des Ateliers Varan pour aller voir des projections de films afghans en VO. Il a découvert le film d’un copain réalisateur qu’il n’avait pas eu l’occasion de voir à Kaboul. Il lui a même téléphoné pour le féliciter ! Son rêve aujourd’hui, ce serait d’avoir une caméra pour faire un film sur le jardin Villemin.

 

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Ali, on the road again

Olivier Jobard/MDM/SIPA

Olivier Jobard/MDM/SIPA

Ali est parti ! J’ai appris par Mohamed, le cinéaste afghan, que depuis une dizaine de jours, il a pris la route pour Angleterre. Ali est sûrement dans le Calaisis, en ce moment… La dernière fois que je l’ai vu, le foulard autour de la bouche pour protéger les autres de sa toux , il était enrhumé et pas très content parce que les Urgences de l’hôpital Saint-Louis ne lui avait filé (après 6 heures d’attente !) que du Doliprane. Sa décision de partir, il l’a prise après que la Préfecture lui ai donné une réponse : l’Angleterre qui l’a exulsé il y a quelques mois pour Kaboul est seule responsable de sa demande d’asile. Et hop ! Paris s’est encore une fois « débarrassé » d’Ali.

 

 

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Un regard perçant sur l’asile

Grâce à une bénévole iranienne qui passe de temps à autre au centre d’accueil près du jardin Villemin, j’arrive finalement à rentrer en contact avec « le cinéaste » afghan. « J’étais invité fin octobre au festival de documentaires « Resident today », à Rome, pour présenter mon film : « le corps et le sol ».  C’est là que j’ai décidé de prendre la route pour Paris. Je ne voulais absolument pas retourner à Kaboul. En plus d’être scénariste, j’écris pour des journaux locaux et depuis quelques temps, j’ai de sérieux problèmes avec une partie du gouvernement. Mais arrêtons-nous-là, je ne préfère pas en dire plus… Pourquoi Paris ? Depuis mon enfance, j’ai un grand intérêt pour les auteurs français, commeVictor Hugo… et les cinéastes français aussi. Je ne suis pas du tout attiré par la Grande-Bretagne. » Ces yeux pétillent, ces gestes prennent de l’ampleur… pas de doute, son rêve de France, l’élève encore au-dessus du bitume et de la médiocrité. Le froid, les nuits dehors, les jours à tourner en rond ne lui ont pas fait perdre son fil. « C’est très intéressant comme expérience. Je compte bien un jour en faire un film… Bon d’accord, ce n’est pas très confortable ! »

Je lui demande de me raconter un évènement marquant. Sans réfléchir, il pense à une bizarrerie qu’il trouve bien française. « Un jour, j’avais rendez-vous dans une association avec un responsable avec qui je devais faire le point sur mon dossier de demande d’asile. Comme il me manquait des papiers, je décide d’y aller la veille pour le prévenir et trouver un autre rendez-vous. Une personne à l’accueil me reçoit et me demande de venir quand même le lendemain. Et là, j’ai été très mal reçu. Le responsable de l’association n’a pas arrêté de me faire des reproches parce que je n’étais pas prêt. Il m’en voulait d’être « comme les autres ». Il m’a dit : « Je pensais que t’étais différent, tu es un scénariste… Je te traitais déjà comme un réfugié politique, moi, vraiment je suis déçu ». Comme si je n’avais pas les mêmes problèmes que les autres. Quand il fait froid, j’ai froid, quand il n’y a pas de place aux camps, je dors dehors. Et pour rassembler des documents, je galère… comme les autres ! »

Olivier Jobard

photo : Olivier Jobard.MDM/SIPA

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Ali, l’Afghan errant

Au centre d’accueil, à côté de la gare de l’Est, qui sert de refuge aux exilés, je rencontre Ali. A 19 ans, avec sa capuche rouge sur la tête qui lui donne un air de rappeur, son regard espiègle et un sourire qui révèle une patience infinie, il connaît Kafka avant de l’avoir lu. Parti seul de chez lui en 2003, il a traversé l’Europe (a même passé cinq jours dans le jardin Villemin en 2004 !), puis s’est finalement installé illégalement en Grande-Bretagne pendant quatre ans, ce qui lui a permis de prendre des cours d’anglais et même de suivre une formation en informatique. Et puis, un jour, il s’est fait prendre par la police, puis expulsé à Kaboul où il a eu droit à 18 jours de prison et à pas mal de coups. Il a finalement décidé de repartir sur les routes de l’Europe et le voilà de retour à Paris. A son dernier passage en Grèce, les policiers ont de nouveau pris ses empreintes mais il a quand même décidé de déposer une demande à la préfecture de Paris pour savoir s’il peut demander l’asile. « Si la préfecture m’accorde la carte verte, et que le gouvernement français m’accepte, pas de problème, dit-il en décochant un sourire, je vais rapidement me mettre au français ! » Malgré son enthousiasme et son énergie (qui sait, peut-être un futur prix Goncourt…), quelle est sa chance de réussir ? A ce stade-là du parcours du combattant, explique Jean-Michel, sa seule chance, « c’est l’inefficacité d’Eurodac, le fichier regroupant les empreintes digitales des demandeurs d’asile en Europe que les Etats sont censés partager, mais qui très souvent est bourré d’erreurs et d’omissions ». De nombreux Etats ne jouant pas le jeu en « oubliant » d’enregistrer les personnes en situation irrégulière sur leur territoire pour ne pas avoir à assumer la responsabilité de l’examen de leur demande d’asile.

Olivier Jobard

photo : Olivier Jobard/MDM/SIPA

 

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