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3e épisode de la BD-reportage sur télérama.fr

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Classé dans au jour le jour, le circuit associatif, Maraudes

Lettre d’amour à Madame Lafrance

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Je donne rendez-vous à H. pour lui donner quelques tirages des photos prises avec l’appareil prêté par Jean-Christian Bourcart. Il est accompagné de M. Un copain afghan, à Paris depuis 4 ans et toujours en attente d’une réponse de sa demande d’asile. M. a de « la chance », il est logé dans un Cada (centre d’accueil pour demandeur d’asile) en banlieue. Mais ce soir-là, il est fatigué, après une journée de travail sur un chantier. Mais il a quand même envie de parler (dans un français qu’il maîtrise assez bien) et de me raconter sa vie à Paris. Sur un ton légèrement déprimé au début, parfois drôle et à certain moment de la discussion, clairement en colère.
« A Paris, les gens sont vraiment pas sympas, comment dire, ils sont… » Je lui demande alors de me donner un exemple. « Bon, tu veux un exemple, eh bien en voilà un : la dernière fois je vois passer une fille très jolie. Je voulais la draguer, alors je l’accoste et je lui dis. – T’es belle toi, tu ne veux pas me donner ton numéro de téléphone ? Ça l’a fait rire, elle a hésité et puis elle a accepté de s’arrêter pour parler avec moi. Puis elle m’a demandé : « tu viens d’où ? » Je voulais pas trop lui répondre, mais comme elle insistait j’ai fini par lui dire : – D’Afghanistan… « Ah ! mais t’es un terroriste toi ! » Comme ça m’a vexé, d’un ton sec, je lui ai dit – Non, je ne suis pas un terroriste, je suis un touriste ! Après j’avais plus du tout envie de lui parler…»
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Sangatte à Paris vu par les exilés

Puis M enchaîne un peu déprimé. « Franchement, je me sens pas bien à Paris ». J’ose alors lui demander s’il regrette d’être venu ? « Bien sûr que je regrette. Nous les Afghans, on est vraiment des cons. C’est bien fait pour nous. Je me souviens d’avoir vu un reportage à la télé qui racontait qu’en Europe la vie est dure pour les migrants, et tout ça. Mais ni moi, ni mes copains, on voulait le croire. On disait – C’est des conneries, le journaliste, il dit n’importe quoi. Et puis voilà, on est venu, et on a vu la misère. Voilà… on est trop cons ».

Tu n’as pas essayé d’aller voir ailleurs ? Sans être choqué par ma question, il me répond calmement : « Bah… c’est compliqué. Je suis venu avec mes deux frères, mais eux, tu vois, ne sont pas restés en France. Après un an et demi à Calais, ils sont arrivés à passer en Angleterre. Moi j’ai préféré revenir à Paris… Voilà et maintenant je suis fait comme un rat, je suis coincé. »

Coincé comment ? « Eh bien au début, j’attendais pour mes papiers, alors je jouais au foot toute la journée pour ne pas devenir fou. Maintenant, je n’ai toujours pas le statut de réfugié, mais je préfère travailler dans le bâtiment. Au moins, ça m’occupe. J’ai vraiment une vie de chiens à Paris, impossible d’être un peu tranquille ici. J’ai l’impression de passer ma vie dans le RER. Deux heures le matin, deux heures le soir… Et toute la journée au chantier. Je suis crevé, même le week end, c’est rare que je m’amuse. Je suis trop fatigué. Alors à quoi ça sert que je sois là ? Eh bien, je te le dis : ça ne sert à rien… Dans le fond, j’aimerais bien retourner chez ma mère, mais je suis trop fatigué maintenant. Trop fatigué… et puis… c’est la honte, revenir sans rien, après tout ça. Surtout que mes frères ont réussi, eux. Ils sont même allés en vacances pour la voir. Ils ont leurs papiers et du travail. Moi, rien ».

Pourquoi, tu n’as rien ? « Quand je suis passé devant la commission de l’Ofpra, il y avait des Noirs, plein d’Arabes, des Tsiganes et des Russes. Moi j’avais un traducteur iranien qui parlait farsi. Je leur ai demandé un traducteur qui parle dari, c’est-à-dire ma langue, mais ils n’ont pas voulu. Le traducteur, je sais, il me détestait. De toute façon tous les Iraniens détestent les réfugiés afghans. Ils nous considèrent comme leur ennemi. Ils pensent qu’on leur a piqué leur boulot en Iran et que nous sommes des parasites. La France n’aime que les Iraniens. Eux, elle ne les expulse pas. Par contre, nous, elle nous jette. Tu aurais vu comment le type e l’Ofpra regardait distraitement le plafond pendant que je lui racontais mon histoire… Après il a refusé ma demande d’asile parce que, soi-disant, tout ce que je lui racontais était faux ».

Et puis, sans transition, il me raconte : « Je me souviens, d’un Afghan à Calais qui s’est fait attraper par la police. Ce fou, il n’a rien trouvé de mieux que de s’asperger d’essence et de se foutre le feu. Il se disait : « Comme ça, la France va me garder ». Comme si la France allait comprendre qu’il brûle pour elle, tellement il l’aime… »

 

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« Sangatte à Paris » vu par des exilés

Les exilés ne sont pas contents de l’image que les photographes donnent (volent) de leur histoire. Trop misérabiliste et réductrice, disent-ils.  Du coup, avec Jean-Christian Bourcart, un ami photographe qui vit à New-York, de passage à Paris, nous avons décidé de leur prêter des appareils photos pour leur donner la possibilité de raconter leurs histoires en images.

Le résultat est surprenant… et dans tous les cas, beaucoup plus nuancé que ce que l’on montre habituellement.

J’ai sélectionné ici deux clichés qui donnent à réfléchir sur leurs conditions d’existence à Paris.

Pour faire sa place mieux vaut-il se fondre ou  se cacher ?

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Les mots ne sont pas innocents

Réagissant à la mort du réfugié Afghan, Eric Besson, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, a demandé au Préfet de Paris de renforcer « la lutte contre les filières d’immigration clandestine qui transitent par Paris ».

Oubliant ainsi que primo, les Afghans et autres Irakiens ne sont pas des « migrants clandestins » mais très souvent des personnes venant de pays en guerre qui demandent l’asile au pays (au continent) des Droits de l’homme.

Secundo, que les filières prospèrent quand la répression s’accroît et que les frontières se referment.

Et que tertio, si les Afghans sont désormais si nombreux dans le 10e arrondissement de Paris, c’est qu’ils ne font peut-être pas que transiter !

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Ce matin, un Afghan est mort dans le jardin

Ce matin vers 11H15, un Afghan a été tué d’un coup de couteau par un autre réfugié, en plein jardin Villemin. Du coup la police a bouclé le parc. Quand je suis passée vers 18h, des grilles, on pouvait voir  quelques duvets par-ci par-là dans le jardin alors désert.  Le long des berges, animées comme d’habitude, avec le clown du Canal entouré de familles et d’enfants joyeux et les stands pour un développement durable (sic), l’ambiance était surréelle. Pas un seul réfugié dans les parages.

A cette heure, ils devaient sûrement être à la soupe populaire de Barbès ou d’ailleurs. Hier, Amin, un demandeur d’asile (potentiel) en attente d’une réponse de la Préfecture depuis plus d’un an et demi m’a dit que la situation devenait compliquée. « Je ne vais plus à Barbès, il y a trop de monde. Ces derniers temps, je vais plutôt à la Villette. A ceux qui arrivent, je leur dis de continuer la route, ici ce n’est plus possible…  » me disait-il d’un air désabusé. D’après lui, une soixante de nouveaux réfugiés seraient arrivés dans le quartier ces derniers jours, mais il n’y a toujours pas plus de places pour l’hébergement d’urgence, ni de réponse administrative à leur errance forcée. Jusqu’à quand (combien de morts ?) cette fin de non-recevoir va t’elle perdurer ?

L’autre question qui me taraude aujourd’hui : que va-til se passer pour les réfugiés du 10e, et plus concrètement, comment la municipalité et les habitants vont désormais réagir face à eux ?

Lundi, à 18h30, un rassemblement est organisé par le collectif de soutien aux exilés du 10e devant le jardin Villemin (côté quai Valmy) pour parler de la situation.

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Les journalistes et les réfugiés, ce n’est pas qu’une histoire d’amour !

Comme s’il portait un bazzooka, il se rapproche du groupe des exilés avec sa grosse caméra sur l’épaule, suivi d’un énorme micro à peluche, tenu au bout d’une perche par son compère. Sans crier gare et en terrain conquis, avec pour seul prétexte de filmer un couple d’exilés (?) qui déambulent dans le parc. Les mains s’élèvent pour dire non, les corps se tendent. Mais les journalistes continuent d’avancer. « Dégage, je vais te casser la gueule si tu continues » s’agite un des réfugiés, le visage crispé. Heureusement pour le cameraman , les autres le calment très rapidement. Mais il a compris, il recule. Visiblement, il a les pétoches, son regard, anxieux, cherche de l’aide. C’est à son tour d’être mal à l’aise. Quelques instants encore, suspendus on ne sait où, puis les deux journalistes s’en vont. L’incident est clos. Je suis avec deux journalistes de Télérama. Nous aussi, on ne sait quoi faire. Alors, on reste à distance.

Les exilés en ont vraiment gros sur le coeur. Amir (en attente depuis 18 mois d’une réponse de la Préfecture de Paris pour savoir s’il peut déposer un dossier de demande d’asile ! ) nous prend à partie. « Mais, vous vous prenez pour qui, vous les journalistes ? Vous venez, vous prenez ce dont vous avez besoin et puis vous partez. Et nous, qu’est-ce qu’on gagne… Rien. Voire, c’est souvent pire après votre passage, les flics nous harcèlent encore plus… »

Depuis que Besson, le nouveau ministre de l’immigration, est passé un soir de février Place du Colonel Fabien voir les mineurs étrangers laissés à la rue en plein Paris, les journalistes de TF1, M6…, des photographes, des cameramans n’ont cessé de défiler dans le jardin Villemin, baptisé « le Petit Kaboul » (on se croirait dans le film de Costa Gavras !) à la recherche de témoignages.

Aujourd’hui ce qui exaspère les exilés, ce n’est pas tant que les journalistes ne créent aucun lien avec eux – même si cet aspect est parfois dur à vivre pour des personnes au parcours de vie multi-traumatiques et toujours en errance – que l’impression que les journalistes viennent au zoo.

« Les photographes ne nous demandent jamais d’autorisation avant. Il y a quelques jours, il y en a même un qui s’est planqué derrière les fenêtres de l’immeuble, là juste à côté du terrain de sport, raconte Amir en montrant du doigt l’immeuble (une fac je crois). Et puis, ils veulent toujours montrer notre misère. ça va, on en peut plus. On a fuit l’Afghanistan où les journalistes nous traquaient. Nous voilà ici et on les a encore sur le dos. ça suffit ! » Les réfugiés, encore plus que les autres, ont une image à préserver. Et ce n’est pas parce qu’ils sont vulnérables, qu’ils n’ont pas de droit dessus…

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Besson dit « bienvenue » au boxeur Afghan

Alors que la polémique enfle autour de Philippe Lioret, le réalisateur de « Welcome » – Eric Besson veut maintenant que le cinéaste s’excuse pour avoir fait le parallèle entre les juifs en 1943 et les exilés Afghans en France – le ministre a organisé une petite contre-attaque médiatique. Son objectif : montrer à tout le monde que la France est toujours un grand pays d’accueil et d’immigration dont il faut être fier et que seuls les passeurs sont traqués. Et pour prouver sa bonne foi, le jour même de la sortie de « Welcome », il a invité la presse à assister, muette, à la remise d’un titre de séjour à Sharif Hassanzadeh, un Afghan de 17 ans, en France depuis 2006, tout récent champion de boxe française, jusque là en situation irrégulière.

« Par pudeur pour ce jeune, vous comprenez bien, il n’y aura pas de questions à l’issue de cette cérémonie… L’esquive fait partie du charme de ce sport, n’est-ce pas ? », s’est amusé Besson devant des photographes et des caméras venus immortaliser ce grand moment de fraternité républicaine. L’esquive donc, un sport que le ministre pratique avec dextérité. Les journalistes venus là étaient clairement invités « à bien se tenir », insiste le ministre debout devant une rangée de boxeurs à l’air mi-patibulaire mi-ravi de la crèche, voire un peu inquiet. Comme Mayar Monshipour (ancien champion du monde de boxe anglaise) qui sans ciller a lu un discours pour le dernier faire-valoir de la République, intitulé : « Bienvenue Sharif ». Ce qui en anglais fait « Welcome Sharif ». Oui, parce que les autres Afghans, ils peuvent aller se brosser. Sans aller dans les lointaines contrées calaisiennes, juste à Paris, tous les soirs des jeunes Afghans de 12, 15, 16 ans, parfois plus jeunes encore, dorment dans la rue, ou dans les parcs. Les plus chanceux obtiennent des associations des réponses d’urgence, ou se font bringuebaler d’une structure à une autre jusqu’à ce que, de guerre lasse, ils repartent sur les routes à la recherche de contrées où ils seront réellement… bienvenus !

Article publié dans Bakchich.info :

http://www.bakchich.info/Besson-dit-bienvenue-au-boxeur.html

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