Archives mensuelles : avril 2009

Lettre d’amour à Madame Lafrance

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Je donne rendez-vous à H. pour lui donner quelques tirages des photos prises avec l’appareil prêté par Jean-Christian Bourcart. Il est accompagné de M. Un copain afghan, à Paris depuis 4 ans et toujours en attente d’une réponse de sa demande d’asile. M. a de « la chance », il est logé dans un Cada (centre d’accueil pour demandeur d’asile) en banlieue. Mais ce soir-là, il est fatigué, après une journée de travail sur un chantier. Mais il a quand même envie de parler (dans un français qu’il maîtrise assez bien) et de me raconter sa vie à Paris. Sur un ton légèrement déprimé au début, parfois drôle et à certain moment de la discussion, clairement en colère.
« A Paris, les gens sont vraiment pas sympas, comment dire, ils sont… » Je lui demande alors de me donner un exemple. « Bon, tu veux un exemple, eh bien en voilà un : la dernière fois je vois passer une fille très jolie. Je voulais la draguer, alors je l’accoste et je lui dis. – T’es belle toi, tu ne veux pas me donner ton numéro de téléphone ? Ça l’a fait rire, elle a hésité et puis elle a accepté de s’arrêter pour parler avec moi. Puis elle m’a demandé : « tu viens d’où ? » Je voulais pas trop lui répondre, mais comme elle insistait j’ai fini par lui dire : – D’Afghanistan… « Ah ! mais t’es un terroriste toi ! » Comme ça m’a vexé, d’un ton sec, je lui ai dit – Non, je ne suis pas un terroriste, je suis un touriste ! Après j’avais plus du tout envie de lui parler…»
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Sangatte à Paris vu par les exilés

Puis M enchaîne un peu déprimé. « Franchement, je me sens pas bien à Paris ». J’ose alors lui demander s’il regrette d’être venu ? « Bien sûr que je regrette. Nous les Afghans, on est vraiment des cons. C’est bien fait pour nous. Je me souviens d’avoir vu un reportage à la télé qui racontait qu’en Europe la vie est dure pour les migrants, et tout ça. Mais ni moi, ni mes copains, on voulait le croire. On disait – C’est des conneries, le journaliste, il dit n’importe quoi. Et puis voilà, on est venu, et on a vu la misère. Voilà… on est trop cons ».

Tu n’as pas essayé d’aller voir ailleurs ? Sans être choqué par ma question, il me répond calmement : « Bah… c’est compliqué. Je suis venu avec mes deux frères, mais eux, tu vois, ne sont pas restés en France. Après un an et demi à Calais, ils sont arrivés à passer en Angleterre. Moi j’ai préféré revenir à Paris… Voilà et maintenant je suis fait comme un rat, je suis coincé. »

Coincé comment ? « Eh bien au début, j’attendais pour mes papiers, alors je jouais au foot toute la journée pour ne pas devenir fou. Maintenant, je n’ai toujours pas le statut de réfugié, mais je préfère travailler dans le bâtiment. Au moins, ça m’occupe. J’ai vraiment une vie de chiens à Paris, impossible d’être un peu tranquille ici. J’ai l’impression de passer ma vie dans le RER. Deux heures le matin, deux heures le soir… Et toute la journée au chantier. Je suis crevé, même le week end, c’est rare que je m’amuse. Je suis trop fatigué. Alors à quoi ça sert que je sois là ? Eh bien, je te le dis : ça ne sert à rien… Dans le fond, j’aimerais bien retourner chez ma mère, mais je suis trop fatigué maintenant. Trop fatigué… et puis… c’est la honte, revenir sans rien, après tout ça. Surtout que mes frères ont réussi, eux. Ils sont même allés en vacances pour la voir. Ils ont leurs papiers et du travail. Moi, rien ».

Pourquoi, tu n’as rien ? « Quand je suis passé devant la commission de l’Ofpra, il y avait des Noirs, plein d’Arabes, des Tsiganes et des Russes. Moi j’avais un traducteur iranien qui parlait farsi. Je leur ai demandé un traducteur qui parle dari, c’est-à-dire ma langue, mais ils n’ont pas voulu. Le traducteur, je sais, il me détestait. De toute façon tous les Iraniens détestent les réfugiés afghans. Ils nous considèrent comme leur ennemi. Ils pensent qu’on leur a piqué leur boulot en Iran et que nous sommes des parasites. La France n’aime que les Iraniens. Eux, elle ne les expulse pas. Par contre, nous, elle nous jette. Tu aurais vu comment le type e l’Ofpra regardait distraitement le plafond pendant que je lui racontais mon histoire… Après il a refusé ma demande d’asile parce que, soi-disant, tout ce que je lui racontais était faux ».

Et puis, sans transition, il me raconte : « Je me souviens, d’un Afghan à Calais qui s’est fait attraper par la police. Ce fou, il n’a rien trouvé de mieux que de s’asperger d’essence et de se foutre le feu. Il se disait : « Comme ça, la France va me garder ». Comme si la France allait comprendre qu’il brûle pour elle, tellement il l’aime… »

 

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« Sangatte à Paris » vu par des exilés

Les exilés ne sont pas contents de l’image que les photographes donnent (volent) de leur histoire. Trop misérabiliste et réductrice, disent-ils.  Du coup, avec Jean-Christian Bourcart, un ami photographe qui vit à New-York, de passage à Paris, nous avons décidé de leur prêter des appareils photos pour leur donner la possibilité de raconter leurs histoires en images.

Le résultat est surprenant… et dans tous les cas, beaucoup plus nuancé que ce que l’on montre habituellement.

J’ai sélectionné ici deux clichés qui donnent à réfléchir sur leurs conditions d’existence à Paris.

Pour faire sa place mieux vaut-il se fondre ou  se cacher ?

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BD reportage sur Télérama.fr, à partir du blog

http://www.telerama.fr/idees/square-villemain-essai-pas-pret-a-publier,41559.php

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Un témoignage sur l’Afghan poignardé dans le parc, contre le rouleau compresseur

Témoignage d’un membre d’une association du 10e.

 

De nationalité afghane, âgé de 26 ans, il est arrivé à Paris en octobre 2008. Depuis, il était bien connu des associations intervenant auprès de la population afghane du quartier de la Gare de l’Est, qui lui fournissaient aides sociales et soutien juridique.

 

Contrairement à ce qui a été annoncé dans certains médias, et à une idée reçue sur les afghans en errance dans Paris, ce jeune homme, comme une partie de ses compatriotes à Paris, n’avait pas l’intention de se rendre en Angleterre ou un autre pays d’Europe. Au contraire, il avait déposé une demande d’asile quelques jours après son arrivée en France.

 

Il n’était donc pas « en partance » et, en tant que demandeur d’asile, sollicitait la protection de l’état français.

 

Comme la majorité des Afghans, il était passé par la Grèce pour atteindre la France, et a donc été place sous le règlement Dublin II, qui stipule qu’une personne doit faire sa demande d’asile dans le premier pays européen traversé. Les demandeurs d’asile sous Dublin II n’ont pas droit à un hébergement dans un CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile), et il s’est donc trouvé à dormir au square dès son arrivée en France, malgré ses demandes répétées d’accéder à un hébergement. Il aura donc vécu dans le square Villemin pendant plus de 5 mois, jusqu’à sa mort.

 

Eu égard à la précarité de ce jeune homme, les services de France Terre d’Asile avaient été sollicités pour une mesure d’hébergement. La demande avait été refusée, le statut administratif primant sur la vulnérabilité de la personne.

 

Lors d’une de ses convocations « Dublin » à la Préfecture, fin janvier 2009, il a été interpellé puis placé en Centre de Rétention Administrative, en vue d’un renvoi vers la Grèce. Lors de sa libération, il a enfin pu initier sa procédure de demande d’asile, sous une catégorie dite « prioritaire », une procédure accélérée n’ouvrant pas non plus les droits au dispositif national de prise en charge pour demandeurs d’asile.

 

Il est passé à l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides), début mars 2009, et a été rejeté de sa demande pour « manque de preuves », mais allait préparer son recours à la CNDA (Cour Nationale du Droit d’Asile). Il avait  reçu la réponse négative d’OPFRA quelques jours avant d’avoir été tué. 

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Les mots ne sont pas innocents

Réagissant à la mort du réfugié Afghan, Eric Besson, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, a demandé au Préfet de Paris de renforcer « la lutte contre les filières d’immigration clandestine qui transitent par Paris ».

Oubliant ainsi que primo, les Afghans et autres Irakiens ne sont pas des « migrants clandestins » mais très souvent des personnes venant de pays en guerre qui demandent l’asile au pays (au continent) des Droits de l’homme.

Secundo, que les filières prospèrent quand la répression s’accroît et que les frontières se referment.

Et que tertio, si les Afghans sont désormais si nombreux dans le 10e arrondissement de Paris, c’est qu’ils ne font peut-être pas que transiter !

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Ce matin, un Afghan est mort dans le jardin

Ce matin vers 11H15, un Afghan a été tué d’un coup de couteau par un autre réfugié, en plein jardin Villemin. Du coup la police a bouclé le parc. Quand je suis passée vers 18h, des grilles, on pouvait voir  quelques duvets par-ci par-là dans le jardin alors désert.  Le long des berges, animées comme d’habitude, avec le clown du Canal entouré de familles et d’enfants joyeux et les stands pour un développement durable (sic), l’ambiance était surréelle. Pas un seul réfugié dans les parages.

A cette heure, ils devaient sûrement être à la soupe populaire de Barbès ou d’ailleurs. Hier, Amin, un demandeur d’asile (potentiel) en attente d’une réponse de la Préfecture depuis plus d’un an et demi m’a dit que la situation devenait compliquée. « Je ne vais plus à Barbès, il y a trop de monde. Ces derniers temps, je vais plutôt à la Villette. A ceux qui arrivent, je leur dis de continuer la route, ici ce n’est plus possible…  » me disait-il d’un air désabusé. D’après lui, une soixante de nouveaux réfugiés seraient arrivés dans le quartier ces derniers jours, mais il n’y a toujours pas plus de places pour l’hébergement d’urgence, ni de réponse administrative à leur errance forcée. Jusqu’à quand (combien de morts ?) cette fin de non-recevoir va t’elle perdurer ?

L’autre question qui me taraude aujourd’hui : que va-til se passer pour les réfugiés du 10e, et plus concrètement, comment la municipalité et les habitants vont désormais réagir face à eux ?

Lundi, à 18h30, un rassemblement est organisé par le collectif de soutien aux exilés du 10e devant le jardin Villemin (côté quai Valmy) pour parler de la situation.

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