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Pour dormir au chaud, c’est le loto

Une habitante de Belleville, d’une cinquantaine d’années, nous a rejoint. Elle parle avec ceux qui se débrouillent un peu en anglais. A peine deux d’entre eux en fait. Que vient-elle faire là ? Rien, à part leur parler, ce qui dans la situation n’est pas rien. « Nous sommes des citoyens aux mains nus » me confirme Jean-Michel. Mais avec du cœur ! L’habitante vient de sortir de son sac une doudoune verte « à plume d’oie quand même ». Le cinéaste que j’avais rencontré à la soupe populaire de l’Armée du salut est là et c’est à lui qu’elle la propose, tant sa veste, manifestement printanière, n’est ni chaude, ni imperméable. La doudoune est trop petite pour lui. Les manches ne vont pas jusqu’au poignée. Avec son écharpe violette et la doudoune vert pomme trop courte, il est un peu ridicule. Mais il l’a remercie gentiment. Plusieurs fois même. Les autres n’arrêtent pas de faire des commentaires, mais ça n’a pas l’air méchant. Le look, c’est important quand on bouge, ils sont bien placés pour le savoir. La preuve, quelques minutes après, je vois que le cinéaste a fourgué la doudoune à un autre… L’habitante relance Jean-Michel pour savoir comment aider ces jeunes. Elle veut les accompagner à la préfecture, ou dans les vestiaires associatifs pour qu’ils soient mieux traités. Jean-Michel l’a prévient que les associations ont leur propre organisation et que ce ne sera pas forcément bien vu si elle débarque comme ça, sans crier gare.

Olivier Jobard

photo : Olivier Jobard/MDM/SIPA

Il est 20h45 et sur la place du Colonel Fabien, juste à côté des magasins Picard, des bus, au joli nom d’ « Atlas » mènent les SDF et autres errants vers « la Boulangerie », un centre d’hébergement d’urgence qui se trouve vers la Porte de Saint-Ouen. Au « camp », comme l’appellent les exilés. Ce soir, à quelques jours de Noël, il y a trois bus qui partent à peu près à 30 minutes d’intervalles. Le premier, m’explique Jean-Michel, ne prend que les SDF classiques, ensuite c’est pour les exilés. Quand nous arrivons, le deuxième bus de 50 places est prêt à partir. Il y a encore une trentaine d’exilés qui attendent. Un type, debout sur le marchepied, une fiche à la main fait l’appel. Seuls ceux qui se sont enregistrés la veille peuvent espérer être logés au chaud ce soir. « Ali ! » grogne-t-il. Quatre ou cinq mains se lèvent. Alors il grogne de plus belle et s’ensuit une discussion qui n’a pas l’air très sympathique mais qui en fait sourire plus d’un. Et après une petite bousculade, quand l’un d’entre eux finit par rentrée dedans, c’est la fête à l’intérieur du bus. « Amir ! » reprend le grand type sa fiche à la main. Quatre mains cette fois-ci… Un grand cirque, oui, on peut le dire. Le bus plein comme un œuf finit par partir.

 

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